Brive la Gaillarde

Vincent Floderer, spécialiste de l’origami (sept. 07)


C’est un artiste qui fait du pliage de papier. Cela pourrait faire presque sourire... Mais quand on découvre que les simples cocottes en papier de notre enfance côtoient ici des notions de mathématiques importantes, on reste ébahi !

Avec Vincent Floderer, on entre dans un monde extraordinaire ! Ce monde repose à la fois sur la notion fondamentale du mot "pli" et sur une relation très étroite entre son art et certaines règles de mathématiques. "Oui, ça va plus loin, et plus vite, que tout ce que j’avais imaginé" reconnaît-il. "C’est une forme d’esprit particulière. Il y a des notions de mathématiques importantes" précise l’artiste qui avoue avec humour : "j’avais de très mauvais souvenirs avec les maths modernes. Mais depuis, je me suis réconcilié avec tout ça !"

Depuis quinze ans, l’origami est son métier. Pour la revue mensuelle Sciences et Avenir qui lui a consacré cinq pages dans son numéro d’août 2005 : "cet homme maltraite admirablement bien le papier". Il a participé, avec succès, à une grande exposition à Salzbourg. Et il est invité comme intervenant à la Fête de la Science...

Tel un magicien, il est capable de réaliser un champignon qui ressemble à s’y méprendre à l’original, en pliant une seule feuille de papier ! Sauf que là, ce n’est pas de la magie, c’est la réalité. "C’est réellement plié, il n’y a pas de trucage" dit-il. Et grâce à la dextérité de ses doigts, le résultat est surprenant.

"Le pliage, c’est quelque chose de très compliqué à maîtriser" reconnaît-il. Et dans sa façon de faire, les règles de l’origami traditionnel sont quelque peu dépassées. L’artiste pli, froisse, secoue, serre et mouille son papier très fin. "Il y a une compréhension qui passe par les doigts, le modelage de la sculpture..." dit-il. "Je ne cherche pas à copier les formes. C’est l’observation du monde naturel, de comprendre les choses. Je suis récepteur et transmetteur... Cela développe des mouvements..." Et il ajoute avec une certaine poésie : "expliquer, c’est en extraire les plis !... Et puis, multiplier veut dire : plier plusieurs fois !..."

C’était au départ une passion. Vincent Floderer se souvient vaguement d’une grenouille en papier qu’il avait plié à l’âge de 10 ans. "Et qui sautait !... Les premières cocottes en papier datent du XVème siècle. C’était du pliage en papier de soie. On fabriquait alors du papier avec des fibres de mûrier" se plaît-il à raconter.

Vincent Floderer est diplômé de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris qu’il fréquente durant une dizaine d’années. C’est là qu’il travaille notamment la sculpture et la gravure. Il est élève de César, de Noguès dans son atelier de moulage d’art, et de Robert Marchand en architecture d’images de synthèse. En parallèle, il fait des études d’allemand et cela lui permet de travailler comme interprète.

A la fin de ses études (Il avait alors 30 ans. En 2007, il en a 44), il choisit finalement le papier et rencontre le Mouvement Français des Plieurs de Papier. Ces spécialistes organisent des rencontres internationales et cela lui permet de voyager dans le monde entier : Japon, Espagne, Angleterre, USA, Italie, Hollande, Suède. Cette année, il a également été en Hongrie et en Autriche...

En juillet dernier, il a présenté son travail à Salzbourg, dans une exposition intitulée "Les chefs-d’oeuvre du pliage". "Dans cette ville de 22.000 habitants, qu’est la ville de Mozart, l’expo a reçu 53.000 visiteurs en trois mois" dit-il. L’artiste y a présenté notamment ses OVNI(origami volant non identifié), qu’il avait présenté en 2004 aux Jardins de l’Imaginaire de Terrasson.

2005 a été l’année de la reconnaissance pour l’artiste, invité comme participant à la Fête de la Science. Il a présenté, à sa façon : formes géométriques, diagonales, et parallèles. L’artiste, lui-même, s’étonne : "c’était pas du tout au programme, le savoir artistique proche du scientifique ! Mais, c’est nécessaire de lier les disciplines. Aujourd’hui, des recherches très poussées font appel à des plieurs, pour comprendre par exemple la forme de l’univers. Des techniques de pliage anodines permettent, en fait, une grande précision... Les formes ont des propriétés étonnantes !"

Avec une certaine modestie, l’artiste regarde vers l’avenir et reconnaît qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre et à découvrir. Dans son atelier, des rouleaux de papier viennent de Thaïlande ou du Japon, et des pots en verre contiennent différents pigments de couleurs. Et s’il continue à étudier comment réaliser des champignons de plus en plus complexes, il n’écarte pas l’idée de revenir vers les insectes qu’il a déjà fait auparavant.

Alain Rassat/brive.evous.fr/Septembre 2005

Photo :origami.as


Info plus. L’artiste ne travaille pas seul. L’association CRIMP (Centre de Recherche international en modélisation par le pli)* est sortie de terre à Saint-Aulaire, près de Brive-la-Gaillarde, et rassemble 25 membres, dont des conteurs, ingénieurs, architectes, mathématiciens, et un ancien chercheur du CNRS dans le domaine de l’optique ! Le CRIMP développe des modèles dans le domaine du pliage et propose aujourd’hui des projets pédagogiques dans les écoles et les collèges. Vincent Floderer peut par exemple expliquer d’une manière ludique ce qu’est "a+b au carré" ! De plus, avec une mère enseignante, Vincent Floderer ne pouvait qu’avoir ce besoin de transmettre... Un module d’exposition itinérante, à la demande, est aussi proposé. Enfin, le CRIMP a souhaité rester indépendant et vit sans aucune subvention.

* site internet : le-crimp.org/


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samedi 22 septembre 2007
 
 
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